Ce jour-là, pour de simples grognements de chien, pour un instant d’agitation de trop, le regard de ceux que j’aimais plus que tout s’est éteint. Il a laissé place à une froideur absolue. Puis il y a eu ce détonateur, et cette balle en pleine tête, tirée par les seules mains que j’avais appris à aimer.
Pendant de longues minutes, étendu sur le sol à hurler et à baigner dans mon propre sang, j’ai cru que c’était la fin. La douleur n’était rien à côté de la détresse de comprendre que ma vie ne valait rien pour eux. 
Heureusement, des pêcheurs, témoins de cet effroi, ont prévenu les gendarmes. J’ai ensuite été opéré en urgence : la balle avait traversée mon nez pour finir sa course dans mon cou, frôlant le pire…
Aujourd’hui, mes bourreaux ont été condamnés à une peine de prison avec sursis (seulement) et une interdiction définitive d’avoir des animaux ainsi que plusieurs amendes. La justice a tranché, mais mes yeux gardent cette peur ancrée, ce sursaut au moindre bruit trop fort, cette trahison irrattrapable.
Tino ne demande pas de miracle. Il cherche juste une âme patiente, une famille capable de lui prouver, un jour après l’autre, que la main de l’Homme peut aussi servir à caresser plutôt qu’à détruire.